Hommage à Jean-Marc Mangin
En tant que principal cabinet de conseil pour le secteur à but non lucratif au Canada, chez KCI, nous mesurons notre réussite à travers celle de nos clients. Il est stimulant de revenir sur 20 ans de “placements” de candidats par KCI Recrutement + Talent et de constater ce que les leaders que nous avons placés ont accompli au sein d’organisations à travers le Canada.
Il est également gratifiant de voir que de nombreuses personnes “placées” par KCI sont restées dans leurs rôles et s’y sont épanouies bien au-delà de la durée moyenne que nous observons dans le secteur. Ce sont des personnes dont la loyauté, l’expertise et la passion pour la mission génèrent un impact durable pour leurs organisations ainsi que pour les personnes et les communautés qu’elles servent.
Nous rendons hommage à ces personnes à travers cette série de courts portraits et d’entrevues intitulée « Série d’hommages ». Nous espérons que vous prendrez plaisir à découvrir ces inspirantes personnalités du secteur et à célébrer leurs réalisations avec nous !
Hommage à Jean-Marc Mangin, Président-directeur général, Fondations Philanthropiques Canada
Réflexions sur mon expérience chez FPC
Quelques observations sur mon arrivée en fonction, l’évolution depuis lors, les réalisations, et quelques conseils
Pourquoi avez-vous initialement envisagé de vous joindre à FPC?
J’ai été attiré par FPC en raison de son potentiel à accélérer l’impact transformateur des fondations philanthropiques canadiennes. Bien que je n’aie pas prévu l’effondrement rapide des règles du système mondial auquel nous assistons actuellement, l’urgence de la situation était évidente, compte tenu de la multitude de crises auxquelles le monde était déjà confronté. Par le biais des fondations et des organismes de bienfaisance, la philanthropie structurée assorti d’avantages fiscaux constitue un outil important qui permet de renforcer le bien commun.
Avant mon arrivée en 2019, FPC était principalement connue pour son travail dans les domaines de l’éducation et du renforcement des compétences, ainsi que pour la contribution de Hilary Pearson à l’élaboration de politiques. En m’appuyant sur ces atouts, il m’a semblé que FPC pouvait également accroître son impact philanthropique en développant son engagement en matière de collaboration, de recherche innovante et d’élaboration de politiques. De plus, les valeurs de FPC correspondaient aux miennes, ce qui en faisait un choix naturel au regard de mes aspirations et de mes champs d’intérêt.
Qu’est-ce qui vous a motivé à maintenir votre engagement auprès de FPC pendant près de sept ans?
Les gens. J’ai la chance de pouvoir compter sur un conseil d’administration qui me soutient et sur une équipe dévouée, issue de toutes les régions du pays. Le milieu philanthropique canadien est très diversifié. Chaque fondation est unique. Quelles que soient son orientation, sa culture et ses priorités, toutes les fondations que je côtoie ont à cœur de maximiser leur impact. Travailler avec des personnes qui souhaitent améliorer la situation de notre pays pour tous ses citoyens est une véritable source d’énergie. Il est inspirant de constater l’impact concret du travail collectif du réseau FPC.
De quoi êtes-vous le plus fier dans tout ce que vous avez accompli au cours de ces années?
La crise de la COVID a surgi peu après mon entrée en fonction. Nous l’avons mise à profit pour accélérer le changement : en renforçant les bonnes pratiques de partenariat, en mettant en commun nos ressources et en apprenant ensemble. Ce fut une période mouvementée qui a véritablement mis à rude épreuve FPC et son réseau. Parallèlement, FPC a joué un rôle influent et crédible en formulant des recommandations fondées sur des données probantes à l’intention du gouvernement fédéral, dans le cadre des consultations sur le contingent des versements (c’est-à-dire le pourcentage minimum d’actifs qui doit être versé chaque année). Cet exercice a nécessité la commande d’études et de vastes consultations auprès de nos membres : plus de 80 % d’entre eux ont soutenu nos recommandations. Le gouvernement en place a accepté toutes nos suggestions, notamment le relèvement du contingent des versements de 3,5 % à 5 %, la mise en place de conditions équitables entre les organismes à but non lucratif d’intérêt public et les organismes de bienfaisance, ainsi qu’un examen quinquennal prévu pour 2027.
Enfin, l’une de mes plus grandes fiertés au sein de FPC, qui est peut-être passée largement inaperçue, a été l’investissement dans la recherche canadienne sur la philanthropie : la création d’un poste de responsable de recherche à temps plein au sein de FPC, la collaboration étroite avec le programme de Masters in Philanthropy and Nonprofit Leadership (MPLN) de l’Université Carleton et avec Philab, et la mise en lumière de nouvelles perspectives -baseé sur des données probantes – sur la philanthropie canadienne. L’époque où l’on se contentait d’utiliser la recherche philanthropique des États-Unis pour comprendre la réalité canadienne est révolue, et ce travail passionnant ne fait que commencer.
Autres réalisations ou sources de fierté?
Je suis intimement fier de notre parcours en matière de réconciliation et de justice, d’équité, de diversité et d’inclusion (JEDI). Nous avons délibérément mis l’accent sur l’apprentissage et l’action, et non sur une simple démonstration de vertus. Ce travail n’a rien de spectaculaire, mais il s’est avéré véritablement transformateur. Début 2026, FPC comptait huit membres issus des communautés autochtones et à leur service, et offrait un espace d’apprentissage en plein essor pour le personnel autochtone à travers notre réseau.
Parallèlement, FPC a adopté sa première politique de DEI quelques mois après mon arrivée. Cette politique a récemment été mise à jour par notre conseil d’administration. Elle s’appelle désormais JEDI et, face à la controverse autour de la DEI observée aux États-Unis et dans certaines franges de la société canadienne, elle occupe une place centrale au cœur même de ce qu’est FPC. Cette politique est indissociable de nos valeurs de confiance, de durabilité et de justice. Notre travail autour de JEDI est très concret et vise à soutenir l’apprentissage, l’inclusion et le pluralisme.
Qu’est-ce qui attend FPC? Que souhaitez-vous que les gens sachent au sujet du travail de FPC?
Le Canada se trouve à un moment charnière de son histoire, tout comme le secteur philanthropique et FPC. Notre souveraineté, notre démocratie et notre prospérité économique sont toutes remises en question d’une manière que nous n’avons pas connue depuis la formation du Canada au lendemain de la guerre de Sécession américaine. Je suis fermement convaincu que nous pouvons trouver des solutions véritablement inclusives et tournées vers l’avenir. La philanthropie canadienne a un rôle clé à jouer grâce à l’octroi de subventions, à ses investissements financiers et à la création de solutions en collaboration avec les communautés de tout le pays. Pour cela, la communauté philanthropique devra prendre davantage de risques en soutenant l’innovation, en collaborant plus souvent et plus efficacement, et en créant des espaces permettant à nos partenaires de contribuer à l’élaboration de programmes et de politiques. Ce n’est pas sans raison que le thème de notre conférence nationale à Winnipeg est la réciprocité. Le changement ne survient pas par hasard ni selon des schémas logiques prédéfinis. Le changement n’est ni aléatoire ni sous notre contrôle. Il se produit grâce à des personnes, à des relations authentiques et à la confiance, en faisant évoluer le monde de ce qu’il est vers ce qu’il peut devenir. Vous pouvez donc vous attendre à ce que FPC organise des rencontres plus passionnantes et pertinentes, propose davantage d’innovations en matière de politiques et de pratiques, et apporte un plus grand soutien à la collaboration. La numérisation et l’intelligence artificielle ne peuvent remplacer les liens humains, mais elles peuvent faciliter le travail visant à créer un changement positif et durable.
Un conseil que vous donneriez à d’autres quant à leur carrière
Accueillez l’échec et l’apprentissage continu, et ne craignez pas de sortir de votre zone de confort. Tout au long de ma carrière, je me suis volontairement mis dans des situations qui m’ont vraiment poussé à mes limites : l’une des plus grandes sécheresses jamais enregistrées en Afrique australe, la guerre des Balkans, le génocide rwandais, le tsunami de 2004, les négociations sur le climat lors de la COP, la direction d’une fusion entre de grandes ONG internationales, ou encore l’aide apportée à des chercheurs et à des universités pour leur permettre de renforcer leur pertinence auprès des communautés. Souvent, mais heureusement pas toujours, ces efforts se sont révélés insuffisants par rapport à ce que l’on espérait. J’ai été témoin à la fois du pire et du meilleur de l’humanité.
Il faut être lucide quant aux réalités auxquelles on est confronté, mais aussi repérer les fissures qui laissent passer la lumière et faire ce qui est en son pouvoir pour que naisse un véritable espoir. Les actes sont toujours plus éloquents que les mots. Je n’avais pas planifié ma carrière, qui a débuté en 1986, et je n’aurais pu imaginer les rebondissements et les découvertes de mon parcours au cours des 40 dernières années. Je suis heureux d’avoir saisi les opportunités qui se sont présentées à moi – souvent dans des circonstances difficiles – et privilégié d’avoir toujours été entouré de personnes extraordinaires dans nos efforts de tendre l’arc de notre univers moral vers une plus grande justice.

